Bonjour tout le monde et bienvenue pour ce 41e article de rétrospective de la Diagonale écossaise!
Et ce n’est pas n’importe quel article, car aujourd’hui je vais vous relater notre 45e jour de trek, celui qui nous a fait arriver à Cape Wrath! 😀




La journée a commencé plutôt tranquillement car on ne voulait pas émerger de notre cocon, la pluie et les midges ayant annulé notre plan de manger notre porridge en admirant la vue sur Sandwood Bay. On a donc pris notre petit-dèj’ bien cosy dans la tente, avant de finalement plier bagage.
Malgré la météo un peu maussade, Sandwood Bay nous a offert une claque visuelle: quel lieu grandiose! (Les notes dans mon carnet précisent carrément “best poop view ever!” ^^’)








Bref, on attaque les 12 km qui nous séparent de Cape Wrath, le tout sans sentier, à travers la tourbière. On prend l’option côtière, plus difficile (car avec plus de dénivelé) mais bien plus motivante, avec des vues régulières sur les falaises et le phare au loin.






On a plutôt bien géré l’orientation, arrivant pile sur une des rares “stiles” pour passer la barrière de la zone militaire. Quelques jours avant, on avait envoyé un message au “range officer” pour bien confirmer que la zone était traversable — l’armée faisant régulièrement des exercices de bombardement dans le coin.






On monte et descend des pentes bien raides, on traverse quelques rivières et burns, et on fait “splotch” dans le bog. 🙂 Les roches des falaises ont de belles teintes rouge-rose. Il fait chaud malgré la pluie fine, et on transpire dans nos K-ways.







On est accompagnés de pluviers dorés, ils sont partout! On croise aussi des moutons et des traquets motteux. Mais à part ça, on se sent seuls au monde. On sautille au milieu des étendues de linaigrette et on chante à tue-tête le thème d’Indiana Jones, ainsi que “Country Roads”, “The Wedding Samba” et “L’histoire de la vie”. On se sent si libres et heureux!







On a quelques petits beugs d’orientation (il n’y a pas de tracé officiel, mais quand même des itinéraires mieux que d’autres pour éviter le plus boggy du bog ainsi qu’un mini canyon) mais on finit par arriver sur le track qui relie Cape Wrath au ferry de Keodale. On se fait dépasser par le minibus qui amène des visiteurs au phare puis on se fait rattraper par un Allemand qui a marché depuis le ferry et nous accompagne pour le dernier kilomètre.






En un rien de temps, nous voici à Cape Wrath, face au fameux phare qui marque la fin “officielle” de notre périple, la destination quasi mythique de notre trek.
On se pose à l’Ozone Café pour un sandwich et thé froid (le menu est très basique, car l’approvisionnement dans le coin n’est pas facile ^^) et on y retrouve John et Joey (père et fils très sympathiques venant de Cornwall), partis de Sandwood Bay à 6h du matin et qui ont prévu de dormir dans le dortoir de Cape Wrath, situé dans l’ancienne salle des machines du phare (tout comme le café, d’ailleurs).




On discute un moment tous ensemble, c’est chouette. On achète aussi une carte postale du phare, sur laquelle le proprio du café appose le tampon du lieu (on l’a ensuite envoyée à nous-mêmes depuis Durness, et elle trône désormais sur notre frigo ^^), et on écrit un message dans le livre d’or, principalement rempli de mots émouvants laissés par les randonneurs du Cape Wrath Trail et du Scottish National Trail.



Puis on sort explorer les environs du phare, construit en 1828 (par un Stevenson, of course).



On ne réalise pas trop qu’on a atteint notre destination. Quel bel accomplissement personnel, quand même, d’avoir atteint le point le plus au nord-ouest du mainland écossais, après 831 km à pied! ♥




On aimerait prendre quelques photos goofy tout seuls pour marquer le coup, mais l’Allemand rencontré en arrivant (bien que sympathique) est un peu (beaucoup) pot de colle et on a de la peine à lui faire comprendre qu’on aimerait bien un moment juste tous les deux. Il continuait sa rando jusqu’à Sandwood Bay et proposait de nous attendre pour remarcher 1 km ensemble sur le track, mais on n’avait pas spécialement envie car on souhaitait plus de temps tranquille, juste José et moi, pour marquer notre arrivée et prendre la mesure de notre épopée quasi achevée. Diverses voies plus ou moins subtiles ayant complètement échoué, on a dû être bien plus directs (en mode plus allemand, quoi ^^) et il a fini par comprendre et nous laisser seuls.





On a ensuite pu s’en donner à coeur joie: câlins, danse, jumping shots ratés… On a ri aux éclats et dégusté des Chocolate Digestives bien mérités, héhé.


Puis on renfile les sacs et on reprend le track pour marcher les quelque 8 km nous séparant de Kearvaig bothy, au sud-est de Cape Wrath.





On croise quelques moutons et cerfs et on admire la côte, parsemée d’impressionnants sea stacks.
C’est un peu laborieux car José sent soudainement son talon, mais quelle sacrée récompense en atteignant Kearvaig! La petite baie est magnifique, avec sa plage de sable blanc bordée de falaises et son eau turquoise.



De la fumée s’échappe d’une cheminée, donc on sait déjà qu’on aura de la compagnie au bothy. Un groupe (très accueillant) de facteurs du Fife est là en vacances et on rencontre aussi un couple de Français en pré-retraite qui font un méga voyage à vélo et ont planté leur tente à côté du bothy. Ce dernier est spacieux, donc on trouve sans problème une pièce où installer nos affaires pour la nuit. Un peu plus tard, quatre autres hommes (dont trois jeunes) ont débarqué, avec des cabas remplis d’alcool — vu qu’il y a l’option de prendre le minibus pour être déposé pas loin, ça a l’air d’être un bothy populaire. Deux heures plus tard, l’un des jeunes était déjà à deux doigts du coma éthylique et a dû être littéralement porté par ses potes pour retourner au bothy. Bref, une autre ambiance que notre état d’esprit du moment, mais ça ne nous a pas empêchés de passer une belle soirée tranquille. ^^


A peine arrivés, vers 18h30, on part se poser sur la splendide plage et on s’octroie une baignade rafraîchissante, héhé. C’était notre premier plouf depuis Cona Glen (lors de notre premier jour sur le CWT), ça datait! Je me sentais comme une selkie dans l’eau turquoise — et d’ailleurs, on a vu des phoques! ♥





Je vais chercher de l’eau douce à la rivière, puis on s’installe dans le sable pour manger un bon Chicken Tikka, accompagné des Thistly Cross Ciders achetés à Kinlochbervie. On avait oublié le couteau suisse pour décapsuler les bouteilles, donc j’ai fait un petit sprint jusqu’au bothy pour le récupérer, pieds nus, gambadant comme une chèvre sauvage dans les dunes couvertes de Marram grass (ammophile) — ramassant quelques tiques au passage, arf. Je débordais vraiment d’énergie! ^^







Cet endroit est magique. On s’émerveille devant des nuées de macareux qui volent autour des falaises. Ce sont les premiers puffins qu’on voit durant ce voyage, quelle belle surprise pour clore notre Diagonale écossaise!


Alors qu’on savoure nos cidres, une tête sort de l’eau juste devant nous: un phoque, enfin! Là aussi, c’est le premier de ce voyage. Il est curieux et nous observe vraiment pas loin de la plage, plongeant de temps à autre pour refaire surface juste à côté, avant de finalement s’éloigner.







Les bikepackers français nous rejoignent sur la plage pour discuter un moment, puis on reste seuls à admirer le coucher du soleil.




La lumière est très changeante, le soleil joue à cache-cache avec les nuages qui dansent dans le ciel.





Je prends plein de photos et je relate la journée dans mon carnet, face au coucher de soleil. ♥



Voici quelques passages de mes notes de ce jour-là (dont un rare bout écrit en anglais), imprégnées par mon effervescence émotionnelle en cette fin de trek:
Une journée commencée sous la pluie qui se termine par un plongeon dans l’Atlantique et un coucher de soleil, avec des puffins et phoques dans le coin — on n’aurait pu rêver mieux. Cape Wrath tient son nom du mot Norse pour “Turning Point” (car c’est là que les bateaux norvégiens tournaient vers l’est direction chez eux), et il marque aussi un tournant pour nous, la fin de ce trek dont on a rêvé durant tant de mois.


What a wonderful journey. I’m feeling so complete, happy, peaceful and grateful. Grateful to our feet and all our body for carrying us (and our packs!) every day, every step of the way. Grateful to those I love and that I carried with me on the way, in my heart. How simple life can be. How fragile, how precious. I’ll always cherish the freedom we found on the trail. Free to laugh, scream, sing at the top of our voices, jumping, dancing! Grateful to have the time to slow down and walk at our own pace, our own way. Thank you, Scotland, we love you more than ever. ♥



Un chemin de lumière se dessine sur l’eau, c’est si beau. Puis le soleil disparaît gentiment derrière un mur de nuages à l’horizon. On va prendre de l’eau à la rivière et on se lave les dents en admirant les dernières lueurs rose-rouge dans le ciel.


De retour au bothy, un des facteurs nous tape la causette, on se réchauffe rapidement devant leur feu de cheminée, puis on monte dans “notre” pièce pour un tick check minutieux (j’en avais chopé quatre, minuscules, lors de ma course dans les dunes) avant de dormir.
Et voilà, c’est une journée qui restera longtemps gravée dans nos mémoires! La Diagonale était pour ainsi dire terminée, mais pas notre voyage, donc la rétrospective écossaise 2025 se poursuivra encore les prochaines semaines. 😉
Je vous laisse avec les ultimes mots écrits dans le carnet ce soir-là: “On est si reconnaissants pour cette aventure à deux, ensemble, à s’entraider, s’aimer, se soutenir — toujours plus amoureux. Tant de mots et pensées m’ont passé par la tête durant ce trek, mais les paroles de Skipinnish résument tout: “Feel the Wonder of the World, you are Alive”. Ce trek est fini mais l’aventure, elle, continue. L’aventure, c’est toute la vie. ♥”
[Distance Jour 45: 20.8 km et 602 m de dénivelé positif]
[Distance cumulée: 839.5 km]


